DISCOGRAPHIE

Capture d’écran 2016-04-15 à 09.38.47Après « Remain Still », disque paru en 2014 chez Plus Loin Music, Flash Pig entame une résidence mensuelle aux Disquaires à Paris.

C’est l’occasion pour le quartet d’élaborer un nouveau répertoire sur lequel ils décident d’inviter des musiciens qu’ils côtoient dans différents contextes depuis des années. Ainsi se succèdent Chris Cheek, Pierre de Bethmann, Manu Codjia, Antonin Tri-Hoang, Julien Pontvianne, Quentin Ghomari, Baptiste Germser, Logan Richardson et Emile Parisien…
Tout naturellement surgit alors l’idée d’un enregistrement où le quartet ne serait pas seul. Décision est alors prise de poursuivre l’aventure sur disque où le quartet serait augmenté d’un guitariste (Manu Codjia), d’un pianiste (Pierre de Bethmann), et d’un saxophoniste (Emile Parisien).
Cependant cet album ne se veut ni patchwork, ni écrin consensuel pour invité. Il est le témoignage du cheminement du quartet depuis son premier disque et portera tout simplement le nom du groupe : Flash Pig.

 

Livret Remain Still face - copie

Derrière le trait de l’énigme jubilatoire, il est facile d’identifier dès la première écoute ce qu’on ne trouvera pas chez Flash Pig : aucun faux- semblant ni effet de manche, rien pour épater ni pour divertir, aucune de ces facilités-vacuités dont l’excès de parisianisme sera toujours tenté de se repaître… rien d’inutile en quelque sorte et pour se risquer à la polémique.

Car s’il serait très certainement contestable de réduire le sens de la musique à l’aune de quelque critère utilitariste, il est en revanche si bon de savourer un tel art de l’essentiel. Quelle merveille ! Nul besoin d’arti- fice en effet pour savoir ce que l’on nous offre ici, livré avec autant de science que de simplicité, autant de gravité que de malice.

Un sens aiguisé du collectif tout d’abord. Maxime et Adrien Sanchez, dont aucun des proches ne peut ignorer la permanente profusion d’idées confrontées, ne pouvaient que s’associer à une paire rythmique qui fût à la hauteur de l’intensité de leur relation gémellaire, Florent Nisse et Gautier Garrigue relevant le défi avec une maturité qui, si elle ne sur- prendra aucun des connaisseurs de la nouvelle scène parisienne, n’en force pas moins le respect. Avec un son d’une rare cohérence, les quatre musiciens savent guider comme dérouter, rassurer comme surprendre, affirmer comme suggérer, ensemble avant tout.

Une profonde culture ensuite, certes nourrie aux désormais connues grandes écoles de cette musique, mais plus encore à une quête toute personnelle des vraies sources, anciennes comme récentes, jazz «ou pas». Il n’est que d’admirer la finesse de l’écriture proposée, non pour une quelconque obsession de complexité, mais plutôt pour cet exceptionnel souci de la forme qui donne naturellement sens et rend la profondeur aussi accessible que prégnante. De même, leur évidente maîtrise des canons harmoniques et rythmiques se retrouve-t-elle soumise à d’innom- brables effets de torsion, toujours pour chercher au-delà, toujours aux exacts bons endroits, avec la facilité de ceux qui trouvent sans forcé- ment le clamer. Ainsi abdique-t-on joyeusement au jeu des innombrables références qui viendraient à l’esprit, anciennes comme récentes, devant une telle créativité qui réjouit autant qu’elle ravit.

Une exceptionnelle qualité de jeu enfin – faut-il quand même le souli- gner !… Car si la démarche est admirable, le geste n’en est pas moins délicieusement juste. Que d’agilité derrière cette nonchalance espiègle dont les jumeaux font volontiers leur marque de fabrique à la scène comme à la ville ! Que d’à propos derrière les doutes qu’ils s’infligent au long cours et à bas bruit, non sans une ironie parfois mordante ! Que de musique derrière les discours !

Les frères Sanchez ont certes beaucoup à dire ; Flash Pig en a encore

plus à jouer, pour notre plus grand bonheur.

Pierre de Bethmann Novembre 2013